Revue Rose-Croix – Automne 2026
 Sommaire

  • Histoires pour l’âme ou l’Ordre Junior des Porte-Flambeaux, préface d’H. Bernard
  • Une initiation, extrait de Histoires pour l’Âme
  • L’éducation, par H. Spencer Lewis
  • Erre dans le monde, erre dans le temps, par C. Delerue
  • Gustave Moreau, entre Ombre et Lumière, ou la mystique cachée de la peinture symboliste, par C. Mira
  • Marie-Madeleine, Mère, Épouse ou Apôtre de Jésus ?, par A. Benlolo
  • Document d’archives de l’A.M.O.R.C.: Polygraphie et universelle escriture cabalistique

Article sélectionné dans ce numéro : N° 299 : Automne 2026

L’éducation

par Harvey Spencer Lewis, Imperator de l’A.M.O.R.C de 1915 à 1939

Un grand nombre d’entre nous négligent le fait que les enfants ont des ambitions. Naturellement, nous croyons qu’il est inutile de parler à des enfants de 6, 7, ou 8 ans, ou même de 12 ou 14 ans pour leur demander sérieusement quelles sont leurs ambitions pour l’avenir.

On considère que l’esprit de l’enfant n’est pas capable de juger exactement à cet égard, mais je me suis aperçu que l’enfant, entre les âges de 8 et de 14 ans, est toujours intéressé par la discussion de son avenir possible en termes de grandeur, de bonté, de succès important et de pouvoir personnel.

Même le garçon ou la fille ordinaire, qui n’est pas prêt ou qui n’est pas capable de dire quelle vocation ou quel violon d’Ingres peuvent l’attirer dans l’avenir, est néanmoins prêt à affirmer qu’il ou elle veut être quelqu’un de marquant, quelqu’un qui sera admiré et respecté par les autres.

C’est là où les parents peuvent faire fortement appel à l’imagination et aux ambitions intérieures de leur enfant. Expliquer à un enfant qu’en suivant certaines lignes d’étude ou de pensée il peut s’assurer une meilleure santé, la maîtrise dans ses études, cela sans grand effort, et amener aussi dans sa vie l’amour, l’admiration et le respect des adultes, a toujours de l’attrait pour l’esprit d’un enfant.

Quand, en plus de ce genre d’arguments, on dit à l’enfant combien certaines études particulières lui permettront d’être quelqu’un de marquant parmi les autres enfants et combien elles amèneront les professeurs et les élèves de son école à le respecter et à l’admirer, l’esprit de l’enfant construit instantanément un idéal de pouvoir personnel qui fait appel à l’imagination et à ses capacités innées.

Il est possible de commencer avec des enfants n’ayant même pas plus d’un an. Avant tout, nous devrions garder à l’esprit le fait que les facultés psychiques d’un enfant sont hautement développées et, deuxièmement, que dans les toutes premières années de la vie de celui-ci, le point de vue matérialiste sur la vie n’a pas accompli son travail nuisible. En fait, l’esprit de l’enfant est naturellement marqué par les influences psychiques et il est juste de dire que, entre les âges de un et cinq ans, le jeune garçon et la jeune fille voient et entendent plus de choses fascinantes et intéressantes par leurs facultés psychiques qu’ils n’en voient ou n’en entendent par leurs facultés objectives matérielles.

Pour l’enfant, le monde est au moins moitié psychique et moitié matériel et, pour ces jeunes esprits, le monde psychique est tout aussi réel et tout aussi naturel et normal que le monde objectif l’est pour la plupart des adultes.

C’est pourquoi les enfants sont facilement intéressés par les contes de fées et par les récits qui contiennent ce que les adultes appellent des rêves de la plus extravagante fantaisie. Il n’est pas difficile de leur conter une histoire de personnages féeriques à peine visibles et légèrement transparents se déplaçant dans l’espace, ou de mondes et de pays magnifiques et fantastiques, car, souvent l’enfant voit de tels personnages à peine visibles, transparents, qui flottent dans l’espace et il a de magnifiques visions de pays féeriques desquels, dans notre âge plus avancé, nous ne savons rien si nous n’avons pas redéveloppé et réveillé nos facultés psychiques.

Beaucoup d’enfants qui semblent se perdre dans le silence et dans une profonde rêverie pendant les heures de jeu, sont en réalité en accord avec certaines conditions psychiques qu’ils observent, étudient et peut-être analysent. Le premier grand choc pour ces enfants est la réalisation graduelle que les adultes qui les entourent, et en particulier leurs parents, ne voient pas ou n’entendent pas les choses qu’ils voient et qu’ils entendent. Le choc suivant se produit quand les enfants commencent à parler des belles et étranges choses qu’ils voient et entendent et que leurs parents ou d’autres adultes leur disent qu’ils se trompent et que de telles choses n’existent pas et qu’elles ne sont que le produit de l’imagination.

Là, l’enfant est confronté à deux choses, croire ce que disent les parents et par là se convaincre que, pour une raison ou pour une autre, son propre esprit a créé des choses fausses qui n’existent pas, ou bien croire que les parents se trompent fortement et que ce qui apparaît à son propre esprit est correct.

Maintenant nous connaissons suffisamment la psychologie de l’enfant pour réaliser qu’il a une foi étonnante et merveilleuse dans l’intégrité, le savoir et les capacités de ses parents. Pendant une longue période de sa vie, l’enfant considère ses parents comme s’ils étaient des dieux par la sagesse et le pouvoir. C’est un choc pour un tel enfant de s’apercevoir que ses parents le trompent, lui mentent volontairement, ou font quelque chose de médiocre ou de sordide, ou quelque chose qui frôle la déloyauté. Alors, il n’est que naturel que, lorsque les parents disent à leurs enfants que les fées ou les êtres éthérés et invisibles qu’ils ont vus n’existent pas, l’esprit de l’enfant accepte la parole des parents comme une loi et commence à douter de ses propres impressions.

Comme je l’ai dit, c’est un grand choc pour l’esprit de l’enfant qui a vu et entendu ces choses. Maintenant, il se trouve devant l’énorme tâche de mettre en pièces et de briser le monde des choses psychiques, de le détruire, de le balayer de sa conscience. C’est comme si nous, les adultes, devions détruire et chasser de notre conscience la moitié du monde matériel dans lequel nous avons tant de foi.

Lorsque, en tant qu’adultes, nous en venons à étudier les lois psychiques de la nature, nous n’avons pas à éliminer de notre conscience un grand nombre des choses matérielles dans lesquelles nous avons placé    notre    foi, mais    généralement    nous avons simplement à les traduire dans leurs propres termes sans réellement les détruire. Par contre, l’esprit de l’enfant doit complètement éliminer et par là détruire le monde psychique qui était devenu si réel pour lui.

Quand l’enfant est assez grand pour jouer avec beaucoup d’autres enfants, dans les rues ou dans les parcs, il reçoit aussi beaucoup de chocs en entendant les autres nier l’existence des choses dans lesquelles il avait foi. Et quand vient pour lui le temps d’aller à l’école, il est encore environné de tous côtés par l’acceptation du monde matérialiste et le refus du monde psychique.

Nous savons par nos propres expériences que, lorsque nous nions l’existence des impressions psychiques et que graduellement nous coupons notre accord avec les impressions psychiques, nous perdons la capacité de fonctionnement de nos facultés psychiques ; progressivement elles s’endorment jusqu’à ce qu’elles cessent de fonctionner. C’est pourquoi, en tant qu’adultes, nous avons une telle difficulté, plus tard dans la vie, à réveiller ces facultés et à développer un accord psychique égal à celui que nous avions lorsque nous étions enfants.

C’est pourquoi les parents devraient commencer par encourager leurs jeunes enfants à voir et à entendre des impressions psychiques. Je connais des enfants qui furent mis au lit dans des pièces obscures très tôt dans leurs vies, avec l’affirmation qu’ils ne devaient avoir aucune peur de l’obscurité ou de la nuit parce qu’il y avait non seulement des anges gardiens qui protégeaient les petits enfants, mais aussi d’autres anges et d’autres êtres cosmiques qui pourraient leur être visibles la nuit comme dans la journée. Ceci fut dit à certains enfants après qu’ils eurent commencé à exprimer des visions de certaines de ces personnalités psychiques.

Je m’aperçus que ces enfants avaient du plaisir à se coucher dans l’obscurité et à y rester un moment avant de s’endormir en permettant ainsi au Cosmique de remplir la chambre de lumières colorées et de belles visions. L’une de ces enfants m’a souvent dit comment une petite fée venait et dansait sur le plancher de sa chambre la nuit et lui apprenait comment danser ; et après un an de cette vision, la petite fille se leva parfois de son lit et imita certains des pas de danse que la petite fée lui montrait.

Je découvris par la suite que ces enfants développaient des facultés psychiques inhabituelles. Dans un certain cas, alors que l’un d’eux avait désobéi à ses parents et qu’il s’approchait du foyer au risque de mettre le feu à ses vêtements de nuit, un bras fort et grand se leva dans l’espace et le repoussa doucement loin du feu. L’enfant réalisa qu’il avait couru un danger et il accepta cet événement comme un sérieux avertissement.

L’enfant a grandi et est devenu un jeune homme qui n’a pas oublié cet événement. Il est intéressant de l’entendre parler de ses expériences psychiques alors qu’il était enfant et adolescent, avec la même foi dans leur réalité que lorsqu’il parle de ses expériences dans le monde matériel.

Naturellement, il possède d’autres caractéristiques qui se manifestent par le pouvoir personnel, le magnétisme et la capacité de réussir dans ses études et dans son travail à l’école, et qui font impression sur tous ceux qui entrent en contact avec lui, même quand ils ne savent rien de ses expériences psychiques. Il en est de même pour la jeune femme qui fut la petite fille prenant des leçons de danse d’une fée.

Quand un enfant grandit en considérant ces choses d’une manière naturelle, il ne devient pas fanatique en ce qui les concerne, comme ce serait le cas si on essayait d’imprimer ces choses dans l’esprit d’un jeune homme ou d’une jeune fille plus tard dans leur adolescence. Les enfants ne parlent pas de ces choses avec les autres, sauf si d’autres leur montrent par leur conversation qu’eux aussi sont sincèrement intéressés et qu’ils ont les mêmes fermes convictions.

Un tel accord psychique assure sans aucun doute une meilleure santé à l’enfant, il développe ses facultés intuitives à un haut degré, lui rend plus facile l’étude de ses leçons et lui permet de prévoir des événements et des conditions autour de lui, et aussi d’interpréter rapidement la nature des problèmes qui se présentent.

Beaucoup de principes religieux sont facilement enseignés aux enfants. Puis, quand ils sont assez grands pour s’intéresser davantage à la religion, il n’est pas facile de les amener à des croyances fictives et purement arbitraires d’un point de vue orthodoxe. Les lois de karma, de justice, de compassion, de vérité, d’amour, de tolérance universelle, de paix universelle et de santé sont des choses simples à enseigner à un enfant.

Elles apporteront à l’esprit de l’enfant une image d’un Dieu aimant, bon et miséricordieux au lieu de celle d’un Dieu jaloux, parfois en colère et vengeur. L’esprit de l’enfant peut facilement concevoir une explication simple des lois de karma et de justice. Il accepte ces explications comme bien plus logiques et raisonnables que les explications de l’enfer, du feu et de la damnation.

C’est là un grand travail pour les parents, et, dans ce travail réside, sans aucun doute, le salut des générations futures et l’édification d’une meilleure et plus grande nation dans chaque pays.